L'âme pétillante.

En suivant le rêve de son père, elle a repris la présidence de l'entreprise en 2020. Depuis, les ventes de son champagne battent des records, malgré un climat qui n'est pas à la fête.

Les temps sont durs, entend-on souvent, mais les heures festives n'ont pas disparu pour autant. Deux années de covid ponctuées de quelques phases de confinement, une guerre secouant les marchés et les esprits, l'inflation qui est de retour, sans parler des prédictions climatiques et énergétiques pour quelques maux de tête. Vitalie Taittinger a tremblé pour chacune de ces causes. Elle qui a repris avec son frère Clovis l'entreprise familiale en janvier 2020 ne pouvait pas imaginer que ces scénarios, tous plus pessimistes pour l'économie les uns que les autres, allaient venir piétiner ses premières années de présidence.

En imaginant le pire...

Mais la détermination et la poigne des frère et sœur ont permis à la marque de dépasser ces épreuves sans même en souffrir. Car contre toute attente, les ventes des champagnes Taittinger ont pris l'ascenseur sur les trois dernières années, alors que d'autres concurrents faisaient le chemin inverse.

"A chaque fois, nous nous sommes pris la tête entre les mains en imaginant le pire. Et puis, sans l'expliquer, les bénéfices n'ont cessé de croître en atteignant des chiffres record", sourit l'entrepreneuse. Sept millions de bouteilles écoulées en 2021, contre 6,7 millions en 2019 et 5,2 en 2020. "Je crois que les gens ont besoin de résister à ce flot de mauvaises nouvelles", lance-t-elle sans parvenir à dissimuler une certaine fierté.

De passage dans les vignes de Lavaux pour célébrer le représentant suisse du Prix culinaire international Pierre Taittinger, la digne héritière de l'institution familiale en a profité pour faire un saut chez Vogel Vins SA à Grandvaux, partenaire de la marque. Considérée comme une des 15 institutions les plus puissantes sur les 90 que compte l'Union des maisons de champagne, la maison Taittinger vit une période faste. Son rachat et la succession rapide ont redynamisé la gamme des produits. Avec succès.

Pourtant tout aurait pu filer sous les doigts de la famille sans Pierre-Emmanuel Taittinger, le père de Vitalie et Clovis. Vendu pour 2,8 milliards d'euros en 2005 au fonds d'investissement américain Starwood Capital, le paquebot Taittinger qui contenait, en plus du champagne, de luxueux hôtels et quelques marques de luxe venait de quitter l'héritage familial contre leur gré. Mais six mois plus tard, Starwood souhaite déjà se débarrasser des champagnes pour une raison que les connaisseurs ignorent. Une aubaine pour "papa", qui décide alors de racheter le groupe pour la modique somme de 570 millions d'euros.

Passionné par le produit, Pierre-Emmanuel Taittinger n'a pas le temps de s'installer à la tête de la firme qu'il doit déjà se tourner vers le futur. "Il savait bien que d'ici à une quinzaine d'années il faudrait trouver un repreneur", commente Vitalie qui, au début de sa carrière, a fait le choix de suivre les traces de sa mère pour se consacrer à l'art. Sans y trouver de sens. "Je me demandais sans cesse, pourquoi est-ce que je suis en train de dessiner un tronçon de forêt, pourquoi je peins cette scène, pourquoi je fais cet arbre, etc. Je n'arrivais pas à comprendre le sens des travaux que j'effectuais. Et je pense que la force d'un artiste, c'est justement de persévérer pour ne plus avoir à se poser ce genre de questions."

Sans avoir la force de crocher, par manque de passion, Vitalie Taittinger répond alors à l'appel de son paternel qui lui propose de le rejoindre au sein de l'entreprise de mousseux. "Je ne savais pas si ça allait me plaire. Mais j'ai tellement été touchée par l'amour qu'avait papa pour la marque que j'ai accepté cette main tendue afin de passer à la suite." La suite? En bonne visionnaire, elle en deviendra la présidente à tout juste 40 ans.

Mais le contraste avec son prédécesseur est marquant. "Papa", qui incarne "le luxe du bourgeois désinvolte", est bien différent de celle qui s'impose rapidement en femme d'affaires, incarnant la classe et la droiture. Ce dernier trait de caractère elle le tient de son grand-père, ministre sous l'ère Georges Pompidou. Sa grandmère, la peintre Corinne Deville, lui a laissé la créativité. Deux traits de caractère indispensables pour diriger un établissement de 250 employés. "Tout comme eux, je suis fière de pouvoir dire que mon métier me passionne. Etre constamment à la recherche de l'excellence et de la finesse, ça me fascine au quotidien."

Moment de poésie

D'ailleurs, Vitalie Taittinger l'assure: elle a retrouvé ses racines d'artiste dans son métier actuel. Là où il faut savoir jongler entre les saveurs et les dosages pour que le produit vaille son prix. "Comme une belle boîte de chocolats ou un sublime bouquet de fleurs, le champagne est devenu un produit que l'on peut s'offrir qu'une fois de temps en temps. Alors il est primordial que dans chaque bouteille on y retrouve son lot de saveurs et de plaisir qui vont faire qu'un moment anodin devienne, d'un coup, magique."

Tout en poésie, Vitalie Taittinger fait rouler les mots dans son palais pour vanter son produit aussi bien que son breuvage préféré lors de dégustations.

"Je ne savais pas si ça allait me plaire. Mais j'ai tellement été touchée par l'amour qu'avait papa pour la marque que j'ai accepté cette main tendue afin de passer à la suite"

PROFIL

2004 Naissance de sa première fille avant la vente du groupe familial.

2006 Rachat de l'entreprise par Pierre-Emmanuel Taittinger.

2007 Entrée en fonction au sein de la maison Taittinger.

2020 Nommée présidente des Champagnes Taittinger.

18 juin Anniversaire de l'appel du général de Gaulle (date symboliquement très importante pour elle).

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